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Un prof?…Notre prof…Monsieur Calmein…1911-1984

Posté par ENO filles le 13 janvier 2009

Ce matin je reçois ce message à la fois gai et triste de la part de Marie-Madeleine Bonne:

« Bonjour,
J’ai vu par hasard votre site sur l’Ecole normale de filles d’Oran. Bravo pour ce site! Et j’ai aussi vu que vous vous souveniez de vos professeurs, dont Mr Calmein (Robert de son prénom), professeur
d’anglais. C’était mon père. Il est décédé en 1982 à  Narbonne. Au retour d’Algérie, il a été nommé à  l’Ecole normale (filles et garçons) à  Toulouse. Il y a pris sa retraite puis nous sommes partis à  Narbonne. Il y a vécu avec ma soeur qui s’était installée là -bas.
Aujourd’hui, il est enterré à  Caussou (Ariège) auprès de son épouse Jane Calmein, elle aussi ancienne de l’Ecole Normale!
Bien amicalement, Maurice Calmein »

* J’ai immédiatement contacté Maurice Calmein qui a eu la gentillesse de m’adresses ces quelques petites anecdotes et ces photos de notre prof préféré. Merci Maurice!

* Ma réponse

« Bonjour,

je me présente, je suis Paule Chadeau (Guilhem) créatrice du blog. Je suis très heureuse lorsque une nouvelle personne se manifeste . Dans le cas de votre papa, c’est à la fois heureux et triste puisqu’il est hélàs décédé. Mais nous l’aimions toutes énormément à l’Ecole, même moi qui faisais de l’Espagnol.

En effet quand je suis entrée à l’école normale en 2de j’avais un 1er prix d’Anglais et je me suis donc tournée tout naturellement vers l’Anglais. Mais votre papa était un innovateur dans sa manière d’enseigner: d’une part  son enseignement était vivant et utilisait l’actualité, notre vécu, les films que nous adorions, Elvis presley en particulier, ce que vous n’ignorez sans doute pas, et il parlait uniquement en Anglais avec un super accent que mes autres profs n’avaient pas. Pendant le premier mois je me suis sentie totalement dépassée et j’ai craint pour mon bac. Comme j’étais timide à l’époque je ne lui en ai pas parlé, j’étais désespérée. Finalement au bout d’un mois  j’ai décidé d’abandonner l’Anglais pour l’Espagnol que je n’aimais pas beaucoup mais qui me semblait plus facile pour décrocher le bac (4 élèves dans la classe, obligée de travailler). Ce que j’ai souvent regretté ensuite car l’Anglais me manque encore lorsque je vais aux US ou même dans d’autres pays, et en famille aussi car ma fille a fait ses études supérieures en Angleterre, mes enfants et leurs conjoints, mes petits enfants parlent couramment l’Anglais sauf moi, toujours aussi timide lorsque je dois m’exprimer et chaque fois que je suis en difficulté, je pense à lui.

A l’époque j’ai quand même participé à toutes les activités annexes qu’il proposait car je l’adorais.

Je souhaiterais que vous m’autorisiez à parler de votre message sur le blog où il n’a que des amies.

Comme je suis gourmande, j’aimerais savoir si vous auriez plus d’infos, d’anecdotes sur sa vie et de photos de lui qui puissent nous remplir d’aise. Je n’ai rien d’autre que ce qui est sur le blog.

Quoiqu’il en soit je vous remercie infiniment de vous être manifesté et vous présente mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

Paule Chadeau »

Ces infos, les voici.

APPRECIEZ!

« Bonjour,

Merci de votre message. Ce que vous dites de mon père me touche beaucoup.

Vous trouverez ci-joint quelques photos (voir l’album)

M. Robert Calmein
Album : M. Robert Calmein
LE PROF....Notre prof d'Anglais
7 images
Voir l'album
                                      1) Enfant

                                      2) à Nemours, qu’il a adorée, avec son ami Salah et la famille de ce dernier.

                                      3) A Toulouse, le jour de ma communion

                                     4) A Toulouse, plus vieux.

Il est décédé des suites d’une maladie de Parkinson, le 31 juillet 1984. Il était né le 29 juin 1911 à Dunkerque. Calmein est un nom flamand.

Anecdotes…  Il y en aurait beaucoup:

En voyage en vélo en Italie, jeune marié, il s’était fait passer pour un Japonais et avait été trés acclamé! Les Italiens n’avaient pas du voir beaucoup de Japonais car avec sa tête!…

Jeune instit, il est parti à Nouméa et allait travailler pour une chaîne de supermarchés dans le Pacifique lorsque sa mère, pour le faire revenir à Dunkerque, lui a envoyé un télégramme (pas de téléphone ni d’Internet à l’époque…) disant que son père était gravement malade. C’était faux et une fois rentré, il demanda un poste éloigné. On le nomma dans le sud oranais. Il s’y est marié (ma mère, fille de légionaire, est née à Saïda en 1912). Il adopta l’Algérie dont il n’aurait jamais voulu partir.

Anecdotes scolaires:

Un jour, il était enrhumé. Ma mère avait l’habitude de lui donner ses vieux bas pour bricoler dans le jardin (attacher des arbres, par exemple). Il mit les bas dans sa poche, machinalement. Arrivé à l’Ecole normale, il a besoin de se moucher, sort son mouchoir… et se mouche avec un bas, ce qui mit les élèves en joie!

Une autre fois, il avait repéré, le jour de la rentrée, qu’un farceur avait placé les pieds de devant de son bureau tout au bord de l’estrade (gag classique pour un prof un peu expérimenté). Il repère donc le farceur à son air ravi et impatient de voir l’effet de sa farce, le fait venir devant le bureau et pousse le bureau en avant. Pris de peur, l’élève recule précipitamment et tombe sur les fesses, ce qui met la classe en joie et a évité tout renouvellemenr de blague de ce genre!

Venu à Toulouse à la fin des événement d’Algérie, il était connu de ses collègues pour ses positions trés Algérie française. Lui qui avait été socialiste (rose clair) dans son jeune âge (il faut dire qu’il avait 25 ans au moment du « Front pop », se voyait, en 1962, accueillir au cri de « Heil Hitler » et du salut nazi par ses collègues haineux de Toulouse (des humanistes sans doute…). Heureusement pour lui, il se lia d’amitié avec un autre prof Pied-Noir, Mr Curtès, prof d’Espagnol. Ce dernier vit toujours. Je le rencontre de temps en temps aux réunions du Cercle algérianiste à Toulouse.

Que vous dire d’autre? Qu’il a fait 7 ans de guerre, a été blessé, prisonnier, s’est réveillé à la morgue dans les Ardennes, juste avant d’être enterré! Il était vidé de son sang. Les Allemands, compte tenu de son nom à consonnance germanique, ont été « généreux » et lui ont mis de l’eau de mer à la place du sang… ce qui a fait repartir le moteur! Ils gardaient le sang pour les blessés allemands. Depuis, il avait peur d’être enterré vivant et nous disait souvent « Pincez-moi bien quand je serais mort »!

Il aimait beaucoup plaisanter. Une fois, il nous a raconté qu’un élève de l’Ecole normale de Toulouse s’est étouffé avec un crouton de pain après que mon père ait raconté en classe un histoire: celle du peintre belge qui dit à son collègue perché en haut d’une échelle: « Tiens-toi bien au pinceau, je vais enlever l’échelle! ».

Je peux vous dire aussi que Jean-Louis Guilhaumon, Directeur du Festival « Jazz in Marciac », m’a dit un jour: C’est ton père qui m’a donné le goût du Jazz et l’envie de faire de la musique. Il nous passait des disques trés modernes en cours, à l’Ecole normale d’Oran »! Hasard du destin, Guilhaumon fut aussi élève de ma mère, au cours préparatoire, avec moi!

Bien entendu, je vous autorise à publier tout ce que vous voulez!

Merci encore pour l’estime que vous portez à mon père.

Bien amicalement, Maurice Calmein

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Publié dans Annees 60, ENO, Profs | 6 Commentaires »

 

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